Les normes interrogées par le handicap, dans le sillage du genre

Les normes interrogées par le handicap, dans le sillage du genre

Anne Revillard, Sciences Po, OSC-LIEPP anne.revillard@sciencespo.fr

Texte préparé pour communication orale en session plénière de la conférence ALTER 2021 (Société Européenne de Recherche sur le Handicap), sur le thème « Les normes interrogées par le handicap »

Conférence en ligne, 9 avril 2021

Dans cette présentation je propose d’explorer librement le thème de la conférence « Les normes interrogées par le handicap », en développant le parallèle avec la question du genre.

Je voudrais apporter au préalable deux précisions, sur le point de vue à partir duquel je m’exprime et sur ce que je ne ferai pas. Mon point de vue est d’abord situé sur le plan disciplinaire, en sociologie. C’est important à souligner car la réflexion sur les normes en lien avec le handicap, telle que théorisée par les travaux sur le validisme, s’est développée dans le cadre d’un champ plus interdisciplinaire, relevant des « humanités ». Je vais m’intéresser aux aspects de ces réflexions qui ont des implications plus sociologiques, et je pourrai être amenée à retraduire certaines des idées de ce champ dans les termes de la sociologie classique, qui sont plus familiers pour moi.

Par ailleurs, c’est à partir de cet ancrage sociologique que je serai amenée à mobiliser des catégories telles que hommes, femmes, personnes valides, personnes handicapées, en utilisant dans une certaine mesure une catégorisation que les travaux sur le validisme ont contribué à déconstruire, et j’y reviendrai bien sûr dans ma présentation. Si on utilise ces catégories en sociologie, c’est parce qu’elles ont des effets sociaux, des conséquences matérielles et symboliques bien réelles, même si on peut par ailleurs les analyser comme des constructions sociales. C’est donc à ce titre aussi qu’il me semble important de préciser comment je me situe personnellement dans ces catégories : mon point de vue est celui d’une femme cisgenre valide.

Autre mise au point importante, sur ce dont je ne traiterai pas ou très marginalement dans cette intervention : je mets provisoirement de côté la question de l’intersectionnalité, qui est une autre façon essentielle de penser l’articulation entre handicap et genre, à partir de leur croisement, mais aussi de leur imbrication et de leur co-construction, en lien avec d’autres systèmes d’inégalité, notamment ethnoraciales et de classe sociale (Bailey et Mobley, 2019 ; Miles, 2019 ; Naples, Mauldin et Dillaway, 2019).

Je vais plutôt me concentrer sur la question de l’analogie entre handicap et genre – ce qui évidemment n’invalide pas la perspective intersectionnelle. C’est important à souligner à une période où les travaux sur l’intersectionnalité font l’objet de remises en question politique violentes et très préoccupantes. Simplement, ce n’est pas ce sur quoi je vais me concentrer dans cette présentation, même si je pourrais y faire ponctuellement allusion.

Langle choisi dans cette intervention dérive du constat selon lequel les études sur le handicap procèdent au même type d’interrogation fondamentale des normes que celle introduite quelques décennies auparavant par les études sur le genre. Les analogies entre les deux champs d’étude sont nombreuses. Des types de raisonnements ont été fructueusement transposés des études sur le genre aux études sur le handicap, mais on observe aussi des différences, et des points sur lesquels les études sur le handicap peuvent réciproquement enrichir les études sur le genre.

Dans cette présentation je reviendrai au préalable sur le statut des normes en sociologie, en insistant sur laffinité entre questionnement des normes et mobilisations collectives. Jexplorerai ensuite deux façons dont le genre et le handicap contribuent à l’interrogation des normes sociales : par la démarche consistant à nommer des impensés, et par la mise en lumière du caractère situé de normes jusqu’alors considérées comme neutres.

  • Interroger les normes : ce que la sociologie doit aux mobilisations collectives

Que nous apprend la sociologie classique sur les normes ? La réflexion sur les normes sociales est un des grands piliers de la réflexion sociologique, en lien avec la question des inégalités. Elle nous invite donc à revenir aux fondamentaux de cette discipline. Durkheim, par exemple, les envisage à partir de la notion de fait social, qu’il caractérise comme collectif, extérieur, et contraignant (Durkheim, 2010). Plus précisément, il s’agit d’une contrainte tellement forte qu’elle est totalement intériorisée, et que les pratiques et représentations correspondantes sont perçues comme relevant de la nature ou de la volonté individuelle, et non d’une contrainte externe. Les nombreux travaux sur la socialisation montrent bien cette force d’imposition des normes sociales (Darmon, 2006). La contrainte ne se donne à voir comme telle que lorsque l’on cherche à y résister. La sanction de la déviance révèle alors une contrainte qui s’exerce en réalité en continu, mais sous des formes moins perceptibles bien que tout autant efficaces[1]. En résulte une dépendance de la pensée sociologique vis-à-vis de certaines mobilisations politiques qui, contestant ces normes, les rendent visibles en tant que normes. Durkheim ne peut pas penser la contrainte à l’hétérosexualité ni le validisme comme faits sociaux, car ces faits n’ont pas encore, à son époque, fait l’objet de contestations visibles à ses yeux.

Ce lien de la sociologie avec différentes formes de contestation politique fait aujourd’hui l’objet de beaucoup d’incompréhensions et de polémiques. À partir du prisme des normes on comprend en quoi ce lien est à bien des égards constitutif pour la discipline : son travail consiste à objectiver les normes sociales, et les mobilisations issues de la politisation d’identités sociologiquement déviantes au regard des normes en vigueur sont justement un mécanisme essentiel qui fait apparaître ces normes en tant que normes.

Cela n’empêche pas qu’à partir de cette impulsion initiale se développe un savoir scientifique soumis à une exigence d’objectivité. Mais l’impulsion militante initiale autour du questionnement de la norme est essentielle : cela permet de comprendre tout ce que les études sur le genre doivent aux mobilisations féministes et LGBTQI, et ce que les études sur le handicap doivent aux mobilisations de personnes handicapées (de même que l’analyse des inégalités de classe doit beaucoup au marxisme, l’étude de la domination raciale au mouvement des droits civiques, etc.). Il s’agit bien d’identifier un impensé, de nommer comme norme quelque chose jusqu’alors non questionné car perçu comme allant de soi.

Scientifiquement et politiquement, de mon point de vue, il est important de reconnaître cet héritage, cette impulsion militante essentielle en amont, ainsi que les enjeux d’utilité et d’usages politiques des savoirs produits en aval, tout en veillant, dans le processus même de production des savoirs, à ce que cette impulsion militante n’empêche pas de voir ce qui peut venir la contredire empiriquement. Cette vigilance n’est pas une pétition de principe, c’est un travail, qui fait partie intégrante du travail scientifique, et qui passe par la reconnaissance des modalités d’influence des convictions militantes, et par la recherche active des « cas négatifs » qui viennent contredire les hypothèses issues de ces convictions (Strauss et Corbin, 2003). Démarche scientifique et démarche militante peuvent ainsi se nourrir mutuellement sans perdre leurs âmes respectives, contrairement à ce que voudrait nous laisser croire un discours politique tristement en vogue. La contestation des normes est même au contraire à bien des égards une des conditions de possibilité de la pensée sociologique.

Ce travail de la sociologie sur les normes est par ailleurs très lié à l’analyse des inégalités, un lien qu’on retrouve, ici encore, dans les mobilisations qui ont permis de faire émerger ces questionnements. La contestation des normes, c’est-à-dire leur identification comme normes, comme quelque chose de socialement choisi et modifiable plutôt que comme un fait de nature ou une évidence, vient le plus souvent de personnes que ces normes contribuent à inférioriser dans le cadre d’un système d’inégalité. L’interrogation des normes est alors souvent indissociable de celle du système d’inégalité qu’elles alimentent.

Quand les mouvements suffragistes contestent la représentation d’une infériorité cognitive des femmes invoquée pour justifier leur exclusion du droit de vote, ce n’est pas contre un système de normes abstrait qu’elles se battent, mais bien contre des normes qui participent d’un système d’inégalité ancré dans le droit et dans toute une série de disparités structurelles.

Quand les mouvements de personnes handicapées contestent des normes de construction de l’espace urbain et des transports fondées sur l’hypothèse de piétons voyants, entendants, capables de marcher, disposant de toutes leurs capacités cognitives et en bonne santé, ils donnent simultanément à voir le rapport de pouvoir existant entre les individus incarnant cette image, et celles et ceux qui s’en éloignent et souffrent dès lors de différentes formes d’inaccessibilité.

Ces exemples montrent que contester une norme, c’est aussi souvent identifier un groupe social que cette norme contribue à placer en position dominante parce qu’elle correspond aux caractéristiques de ce groupe. Dans la mesure où les normes sociales participent de la reproduction de systèmes d’inégalité, interroger les normes, c’est aussi souvent spécifier le groupe social auquel elles correspondent effectivement, au-delà de leur apparente neutralité. Interroger les normes, c’est donc aussi spécifier un présumé neutre.

Pour résumer, dans le sillage de plusieurs mobilisations collectives, la sociologie prolonge sur le plan scientifique une démarche d’interrogation des normes dont je distinguerai deux dimensions : l’idée de nommer un impensé, c’est-à-dire d’identifier comme norme quelque chose jusqu’alors non réfléchi ou considéré comme allant de soi ; et la démarche consistant à préciser le caractère situé de normes jusqu’alors perçues comme neutres. Dans ce qui suit, je vais reprendre successivement ces deux dimensions en montrant comment elles ont été successivement travaillées par les études sur le genre et les études sur le handicap.

  • Nommer un impensé

Interroger une norme consiste d’abord à nommer quelque chose qui est d’habitude impensé ou pensé comme allant de soi – implicitement parce qu’on le pense comme relevant de la nature ou plus généralement de l’ordre des choses.

  • L’évidence de la hiérarchie

Dans les cas du genre et du handicap, ce « quelque chose » préalablement impensé ou pensé comme allant de soi est d’abord et avant tout un ordre hiérarchique. Celui-ci renvoie à la croyance partagée en la supériorité de l’homme sur la femme (ce que l’anthropologue Françoise Héritier, par exemple, désigne en termes de « valence différentielle des sexes ») (Héritier, 1996), de l’hétérosexualité sur l’homosexualité (participant de la « matrice hétérosexuelle » théorisée par Judith Butler (Butler, 2005)) ou encore à la croyance partagée en la plus grande valeur des vies valides sur les vies handicapées – des vies « qui ne valent pas la peine d’être vécues » (not worth living) (Morris, 1991), ou renvoyant à « une forme altérée d’humanité » (Campbell, 2001).

Les études sur le genre ont insisté sur le rôle clé de la naturalisation (penser un état de fait comme relevant de la nature plutôt que du social) comme moteur de cette hiérarchisation. En matière de genre comme en matière d’inégalités ethnoraciales, « l’idée de nature » (Guillaumin, 1992) a historiquement servi à légitimer des inégalités sociales. Ceci a conduit les féministes à utiliser réciproquement la dénaturalisation (ou constructivisme social, démarche consistant à pointer que quelque chose relève du social plutôt que de la nature) comme levier de contestation politique de ces inégalités : c’est là toute la puissance politique du « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir (Beauvoir, 1949).

On retrouve ce mécanisme dans les études sur le handicap, qui ont montré comment la réduction du handicap à un phénomène médical participe de l’occultation des dimensions proprement sociales des inégalités vécues par les personnes handicapées, du fait des défauts d’accessibilité, des préjugés et des discriminations. Toute la démarche des tenants du modèle social du handicap a consisté à déplacer le regard de la dimension médicale à ces mécanismes proprement sociaux de production des situations de handicap (Oliver, 1990). 

Dans les études sur le genre, cette démarche constructiviste a connu deux grandes étapes : alors qu’une première génération de travaux opposait un sexe biologique, pensé comme naturel, à un genre pensé comme relevant du social, les théories développées à partir des années 1990 ont remis en question cette opposition nature/culture, en montrant que le sexe jusqu’alors pensé comme une catégorie biologique, donnée, asociale, faisait aussi l’objet d’un travail de construction sociale (Bereni et al., 2020).

Les cultural disability studies ont reproduit ce déplacement de la critique : alors que les versions précédentes du modèle social distinguaient le handicap comme phénomène social de la déficience comme phénomène médical, les cultural disability studies ouvrent la voie à une analyse des déficiences comme relevant elles-mêmes de constructions sociales. Par analogie avec les études sur le genre, ces travaux montrent comment la distinction déficience/handicap, telle que pensée selon un schéma opposant le médical (déficience) au social (handicap), a eu tendance à exclure la déficience du périmètre du social (Tremain, 2002, 2005). Or la déficience elle-même est redevable d’une analyse sociologique, comme le montrent par exemple les recherches mettant en évidence le caractère socialement et historiquement situé des diagnostics relatifs à différentes conditions médicales (troubles du spectre autistique, troubles de l’attention, trisomie 21, etc.).

Or parallèlement à ces démarches visant à en étendre le périmètre, la démarche constructiviste s’est aussi heurtée, dans le champ du handicap, à des initiatives visant au contraire à la contre-balancer en réaffirmant la nécessité de prendre en considération la dimension proprement médicale du handicap, l’expérience de la déficience ou de la limitation fonctionnelle[2]. Les recherches féministes sur le handicap ont joué un rôle essentiel dans la réintroduction de ces dimensions plus incarnées et intimes de l’expérience du handicap (French, 1993 ; Morris, 1991). Carol Thomas a ainsi attiré l’attention vers les « effets de déficience » (impairment effects) qui participent de l’expérience du handicap (Thomas, 2007). Susan Wendell, quant à elle, rappelle que le handicap peut s’accompagner, notamment dans le cas de maladies chroniques, d’un mauvais état de santé, de douleurs, d’une forte fatigabilité, et que ce n’est pas rendre justice aux personnes handicapées que d’ignorer ces réalités (Wendell, 2001). La déficience fait certes l’objet d’une construction sociale (les diagnostics, notamment, sont socialement, historiquement et géographiquement situés), mais elle ne s’y résume pas (Shakespeare, 2013, p. 60).

Ce questionnement sur les limites du constructivisme est moins présent dans les études sur le genre, où l’argument reste plus mobilisé par des forces politiques conservatrices à l’extérieur de ce champ d’étude que débattu en interne. La comparaison avec les études sur le handicap permet à cet égard de pointer une dimension qui reste sous-investiguée, en dépit de l’essor de réflexions sur cette question – on peut par exemple citer les approches bio-sociales sur le genre en santé (Regitz-Zagrosek, 2012).

Cette plus forte réserve des études sur le genre à interroger les limites du constructivisme doit se comprendre en lien avec la centralité de l’argument de dénaturalisation dans les stratégies politiques féministes. A ce titre, la comparaison avec le champ du handicap met en lumière les limites de la stratégie consistant à faire de la dénaturalisation une condition de l’émancipation, aussi bien sur le plan politique que sur le plan de ses implications scientifiques.

  • L’évidence de la bipartition

Mais ce « quelque chose » jusqu’alors impensé car relevant d’une forme d’évidence est aussi la partition catégorielle en elle-même. L’apport des études sur le genre est essentiel sur ce point. L’interrogation de la bicatégorisation s’inscrit pour partie dans le prolongement des travaux que j’ai précédemment mentionnés sur la construction sociale du sexe biologique. Les travaux de Thomas Laqueur sur l’histoire de la catégorisation médicale des sexes, ou encore ceux d’Anne Fausto-Sterling sur les pratiques de réassignation sexuée à la naissance, ont ainsi brillamment démontré en quoi la bicatégorisation sexuée relève d’une construction sociale, d’un travail de la société sur les corps (Fausto-Sterling, 2012 ; Laqueur, 1992).

Mais dans les études sur le genre, la réflexion sur la force symbolique de la bicatégorisation sexuée est aussi pour partie indépendante de cet intérêt porté à la construction sociale du sexe biologique. Cette réflexion est par exemple très présente dans les travaux de Françoise Héritier, montrant comment la dichotomie sexuée, ce « butoir ultime de la pensée » (Héritier, 1996, p. 19), informe profondément nos catégories de pensée par le biais de toute une série de dichotomies symboliques associées. La prégnance de la dichotomie de genre sur nos catégories de pensée, à cet égard, ne réside pas seulement dans la conviction qu’il existe naturellement deux catégories de sexe clairement délimitées et deux seulement, mais aussi dans le fait de concevoir la raison comme opposée à l’émotion, la force à la faiblesse, en les pensant comme des catégories mutuellement exclusives et implicitement associées respectivement au masculin et au féminin. De nombreuses recherches ont illustré la force de cette norme de bicatégorisation sexuée, en dehors de laquelle les sociétés ont du mal à penser, et qui est communément conçue comme relevant de l’évidence (Fenstermaker et West, 2002 ; Ridgeway, 2011). Il s’agit donc d’un impensé omniprésent, d’une norme particulièrement forte.

On trouve le même type de réflexion sur la catégorisation dans les travaux sur le validisme, qui déplacent le regard du handicap vers la distinction entre handicap et normalité, et vers la valorisation normative de l’absence de handicap qu’implique cette partition. Ces idées de normes et de catégorisations sont centrales les définitions que Fiona Campbell propose du validisme, soulignant notamment que les  « systèmes validistes impliquent la différenciation, le classement, la négation, l’identification et la priorisation des vies » (Campbell, 2018, p. 43)

Les travaux sur le validisme prolongent ainsi une réflexion critique sur les catégories notamment développées dans les études sur le genre. Le cas du handicap invite toutefois à infléchir de deux façons cette réflexion sur les effets de catégorisation ou de bipartition (personnes handicapées/personnes valides).

Tout d’abord, les recherches sur le handicap donnent à voir un travail de catégorisation beaucoup plus communément réflexif et contesté que dans le cas du genre. Le travail quotidiennement opéré par des administrations, des statisticiens, des juristes, etc., autour de la question de la délimitation du handicap, donne à voir des acteurs beaucoup plus conscients du caractère construit des catégories qu’elles et ils utilisent que dans le cas des usages quotidiens des catégories de genre.

Par ailleurs, le handicap permet, peut-être de manière plus évidente que le genre, d’interroger l’idée d’un caractère intrinsèquement oppressif de la catégorisation. La catégorisation est toujours imparfaite, c’est une construction sociale, mais pour autant est-elle nécessairement oppressive ? La catégorisation comme personne handicapée est certes source de stigmates, mais elle est aussi source de droits sociaux, de reconnaissance, et constitue une base d’actions juridiques, y compris dans le cadre du droit antidiscriminatoire (Minow, 1990).

La plupart des travaux relevant des critical disability studies dénoncent la catégorisation sans aborder directement la question de ce qu’impliquerait l’absence de catégorisation, en termes de politiques publiques et de conséquences sur les vies des personnes handicapées, par comparaison avec les actuelles catégorisations nécessairement imparfaites. Il y a là un point aveugle dommageable de ces réflexions, qui constitue potentiellement un écueil politique majeur (Vehmas et Watson, 2016).

  • Spécifier un présumé neutre

Parallèlement au fait d’identifier un impensé, interroger les normes revient souvent à identifier comme situé quelque chose que l’on pensait jusqu’alors comme universel ou neutre, ou en d’autres termes, à spécifier un présumé neutre. Cette démarche a été centrale dans les études sur le genre, et contribue à en faire un champ de réflexion transversal : les sciences sociales ne peuvent pas ou ne devraient pas pouvoir continuer à se faire de la même manière une fois introduites ces interrogations (Chabaud-Rychter et al., 2010). Les études sur le handicap prolongent la critique, et j’en donnerai trois exemples : l’alignement du politique sur une partition public/privé, la notion de travail, et la question des normes organisationnelles.

  • La dichotomie public/privé au prisme du genre et du handicap

Un apport fondamental des philosophes, historiennes et politistes en études sur le genre a été de mettre en lumière le caractère genré de la dichotomie public/privé (ou doctrine de la séparation des sphères), au fondement de l’ordre politique moderne (Landes, 1998 ; Okin, 2000 ; Pateman, 1989 ; Phillips, 1991). Selon cette théorie développée par plusieurs philosophes du contrat social tel que Locke et Rousseau, le politique, la citoyenneté, se déploient dans l’espace public ; la sphère privée, celle de la famille et de l’intime, mais aussi du corps et de ses besoins, est conçue comme un espace naturel et apolitique.

Les relectures de ces théories au prisme du genre ont mis en évidence comment non seulement elles avaient participé de l’exclusion des femmes du politique, mais aussi comment cette exclusion matérielle était renforcée par le fait que la partition public/privé repose elle-même sur une symbolique genrée (Bereni et Revillard, 2009). Ces représentations ont notamment pour effet de construire la sphère privée comme un espace apolitique, qui ne serait pas traversé par des rapports de pouvoir.

Les études sur le genre se sont au contraire attachées à mettre en lumière la dimension politique de cette sphère de l’intime et le caractère décisif, pour les femmes, des rapports de pouvoir qui s’y jouent, qu’il s’agisse par exemple des situations de violence ou de l’exploitation du travail domestique (cf infra).

Les études sur le handicap prolongent à plusieurs égards ces critiques impulsées par les études sur le genre. Souvent assignées à la sphère privée, les personnes handicapées souffrent aussi de l’assimilation de cette sphère à une sphère apolitique, où les rapports de pouvoir seraient absents (Morris, 1993). Leur surreprésentation parmi les victimes de violences signale en quoi cette problématique des violences dans la sphère privée (et la dépolitisation de ces violences), initialement mise en lumière par les mouvements féministes, les concerne aussi tout particulièrement (Shah, Tsitsou et Woodin, 2016). Les mouvements de personnes handicapées ont par ailleurs induit une redéfinition de cette notion de sphère privée, en intégrant la problématique de l’institutionnalisation et du rôle, dans leur oppression, d’institutions assimilées à la sphère privée et également conçues comme des lieux apolitiques (Morris, 1991 ; Oliver, 1990). À cet égard, la sphère privée au sens plus classique du domicile individuel ou familial a pu être au contraire défendue comme un lieu potentiellement plus protecteur (au sens positif du terme) que l’institution, conduisant à nuancer la vision plus critique initialement proposée par les approches féministes (j’y reviendrai dans un instant en parlant du travail domestique). Cette inflexion de la critique nest pas sans rappeler celle introduite par les femmes de minorités raciales dans une perspective intersectionnelle (hooks, 1984 ; Morris, 1993).

De même que pour les femmes dans leur ensemble, l’assignation des personnes handicapées à la sphère privée, notamment par le biais de l’hypothèse d’une incapacité de travail, a servi de justification à leur exclusion ou à leur marginalisation d’une série d’espaces de la sphère publique correspondant à des lieux de pouvoir, de prestige ou de gain économique (parlement, haute administration, professions les plus prestigieuses, encadrement supérieur des grandes entreprises…) (Priestley et al., 2016 ; Roulstone et Williams, 2014).

Les études sur le handicap ont par ailleurs doublé la critique genrée de la dichotomie public/privé d’une critique au prisme du handicap, en montrant que l’opposition public/privé n’était pas seulement calquée sur une opposition masculin/féminin, mais aussi sur l’hypothèse d’un citoyen autonome et rationnel, reléguant la question de la dépendance et la vulnérabilité à une sphère privée pensée comme apolitique (Fineman, 2008 ; Kittay, 2011 ; Winance, 2016). Dans le même mouvement, les personnes incarnant ces situations de dépendance et de vulnérabilité se trouvaient elles-mêmes rejetées hors du périmètre du politique et de la citoyenneté. Une des manifestations en est l’exclusion du droit de vote sur la base de critères de capacités cognitives (Baudot et al., 2020). Plus globalement, ce sont les réalités de notre commune interdépendance et de notre commune vulnérabilité qui deviennent dans ce mouvement des impensés politiques.

  • Étendre la notion de travail

Le travail est un autre domaine dans lequel les critiques féministes ont pointé la dimension masculine d’un concept et d’un domaine d’études supposément neutres. Les théories et les recherches sur le travail domestique et la division sexuée du travail ont en effet mis en évidence un « travail invisible » (Vandelac, 1985) jusque-là ignoré par une sociologie du travail concentrée sur le travail rémunéré, et dont résultait un concept de travail centré sur celui-ci. A ainsi été mise en lumière l’immense réalité historique, sociale et économique du travail réalisé gratuitement par les femmes dans la sphère privée (travail domestique et travail de care vis-à-vis des enfants et des adultes « dépendants ») et/ou dans la sphère publique pour le compte du conjoint et de façon non rémunérée, par exemple dans le cas des agricultrices ou des collaboratrices de commerçants ou d’artisans.

Au-delà de l’identification statistique et historique (Fouquet, 2001 ; Schweitzer, 2002), les ressorts de l’invisibilisation de ce travail en tant que travail ont été mis au jour. Outre le lien avec la théorie politique de la dichotomie public/privé évoquée ci-dessus, dans le cas du travail ces ressorts ont été analysés dans le cadre de théories matérialistes sur la division sexuée du travail et le mode de production domestique, mettant en évidence une situation d’exploitation du travail des femmes dans le cadre de la relation conjugale hétérosexuelle (Delphy, 1998 ; Kergoat, 2000).  

En quoi les études sur le handicap ont-elles prolongé ces analyses remettant en question la neutralité supposée du concept de travail tel qu’on l’entend habituellement ? Il faut d’abord souligner que la question du statut du travail domestique et de care a constitué un point dachoppement avec les approches féministes, pour autant que ce travail inclut la « prise en charge » d’enfants ou d’adultes handicapés. Ces derniers se trouvaient alors objectivés comme un « fardeau » entravant les possibilités d’émancipation des femmes par la participation au marché du travail (Fine et Glendinning, 2005 ; Morris, 1993).

Mais la démarche féministe consistant à étendre l’acception de la notion de travail a par ailleurs inspiré la sociologie du handicap pour identifier comme travail des tâches auparavant invisibilisées ou naturalisées : c’est par exemple le cas du « travail en plus » fourni par des salariés handicapés pour favoriser leur propre intégration au sein de l’entreprise (Dalle-Nazébi et Kerbourc’h, 2013), mais aussi, dans la sphère privée, du travail de gestion des auxiliaires de vie, qui requiert de véritables compétences de management et occupe une part considérable du temps des personnes ayant besoin d’une aide humaine conséquente (Barnes, 2012).

Ce dernier cas induit un retournement intéressant de la perspective initialement développée par les études sur le genre, qui se sont plutôt focalisées sur le travail fourni par les auxiliaires de vie elles-mêmes (le plus souvent des femmes et/ou des personnes appartenant à des minorités ethnoraciales) ; les études sur le handicap, à l’inverse, mettent l’accent sur les compétences requises par les personnes handicapées dans la gestion de cette relation de travail (Kelly, 2014 ; Winance, Damamme et Fillion, 2015).

  • Questionner la neutralité des normes organisationnelles

Si les études sur le genre ont permis d’étendre le périmètre de la notion de travail, elles ont aussi remis en question la prétendue neutralité des normes et processus des organisations de travail (au sens plus classique du travail rémunéré), en mettant en évidence en quoi ces organisations pouvaient être analysées comme « genrées » (Acker, 1990, 2006). Les travaux sur les inégalités professionnelles inspirées par cette perspective organisationnelle ont mis en évidence en quoi les normes de fonctionnement, les processus et critères d’évaluation en vigueur dans la plupart des organisations de travail, bien que se revendiquant comme neutres, étaient en fait inspirés par un modèle de travailleur masculin : un travailleur à l’aise avec les valeurs de compétition, d’affirmation de soi et d’individualisme (plus présentes dans la socialisation des garçons que dans celle des filles), un travailleur à la disponibilité illimitée (grâce à la délégation du travail domestique et du travail de care à sa conjointe dans le cadre d’un couple hétérosexuel), et un travailleur sans contrainte de mobilité géographique (la carrière éventuelle de sa conjointe étant subordonnée à la sienne). Mais ces normes sont aussi celles, plus informelles, qui régissent les interactions et marquent les environnements de travail comme plus ou moins hostiles aux femmes (Favier, 2015 ; Guillaume et Pochic, 2007 ; Marry et al., 2017).

Ce questionnement a été repris par la sociologie du handicap pour montrer en quoi les normes organisationnelles reposent aussi sur le modèle d’un travailleur en bonne santé (Wendell, 2001), et sur l’hypothèse d’une homogénéité des besoins et des capacités d’un travailleur à l’autre (Harlan et Robert, 1998). Les recherches comparant lintégration du handicap dans différentes organisations de travail confirment le rôle des cultures organisationnelles dans la plus ou moins bonne facilitation de lintégration des salariés handicapés (Gewurtz et Kirsh, 2009). Il apparaît ainsi essentiel, pour les personnes handicapées comme pour les femmes et les minorités de genre, dagir à ce niveau collectif des normes pour rendre les organisations de travail plus inclusives.

Ces exemples issus des champs du politique et du travail mettent en lumière le processus plus général par lequel les travaux sur le genre et le handicap identifient des biais derrière des normes abstraites présumées neutres. Ces biais touchent tous les domaines, d’autant plus que le genre et le handicap sont des catégories par nature transversale. Ce constat interpelle en particulier l’action publique, où le handicap a donné lieu, dans le prolongement du genre, à des réflexions originales sur la conception des politiques publiques, avec la notion de disability mainstreaming dans le prolongement du gender mainstreaming (Prince, 2009), mais aussi avec la notion de conception universelle, plus spécifiquement issue des réflexions sur le handicap, et qui propose une reformulation originale de la notion d’universalité fondée sur un constat de diversité (Lid et Solvang, 2016).

Conclusion

Pour conclure, la démarche consistant à interroger les normes est fondamentale en sociologie, et confère à cette discipline une proximité particulière avec certaines mobilisations collectives, souvent à lorigine de ces interrogations. Les domaines du genre et du handicap illustrent particulièrement bien cette démarche dinterrogation des normes, dont jai distingué deux dimensions : dune part lidée de mettre en évidence un impensé ou quelque chose jusqualors pensé comme allant de soi, et dautre part le fait de spécifier un présumé neutre, cest-à-dire de mettre au jour comme caractérisant un groupe social spécifique (et dominant) des normes qui se présentent comme neutres.

Par ces deux gestes, la sociologie des normes se rapproche de celle des inégalités : dune part la naturalisation ou plus généralement « lallant de soi » est un ressort classique de légitimation des inégalités sociales, et dautre part identification des normes comme caractérisant un groupe dominant est aussi une façon didentifier un mécanisme de pouvoir.

Dans ces deux démarches, les études sur le genre ont été pionnières, et les études sur le handicap ont repris de façon fructueuse plusieurs de ces raisonnements fondateurs. Que ce soit dans les domaines du politique ou du travail, la démarche consistant à spécifier un présumé neutre a été considérablement enrichie par les études sur le handicap dans le prolongement des études sur le genre. Ces travaux ont dans une large mesure confirmé la pertinence des analyses en termes de genre, et permis de mettre en évidence dautres dimensions des normes régissant la citoyenneté et le fonctionnement des organisations, ou encore des normes informant la conception du travail. Le prolongement a aussi été critique sur certains points, notamment autour de la question du statut du travail de care.

Mais cest finalement autour de la première dimension dinterrogation des normes explorée ici, lidentification des impensés, que les études sur le handicap introduisent des questionnements spécifiques venant bousculer certaines normes ou manières de penser devenues assez routinières dans les études sur le genre, principalement autour du statut du constructivisme.

La plus grande facilité des études sur le handicap à intégrer les dimensions biologiques et médicales soulève la question des limites du réflexe de dénaturalisation qui a historiquement marqué beaucoup plus nettement les études sur le genre, en tant que présupposé scientifique (le genre est une construction sociale) mais aussi en tant que stratégie politique (faire du « on ne naît pas femme » la condition de possibilité de lémancipation).

Mais les études sur le handicap invitent aussi à questionner lhypothèse dun caractère intrinsèquement oppressif de la catégorisation : dans le cas du handicap comme dailleurs dans celui du genre, en passer par des catégories peut être une étape efficace dans une stratégie visant légalité.

Ces constats confirment limportance et la nécessité dapprofondir les travaux sur lintersectionnalité entre genre et handicap, en complément de lapproche adoptée ici.

Bibliographie

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[1] Durkheim commente ainsi sur le caractère contraignant des faits sociaux : « Sans doute, quand je m’y conforme de mon plein gré, cette coercition ne se fait pas ou se fait peu sentir, étant inutile. Mais elle n’en est pas moins un caractère intrinsèque de ces faits, et la preuve, c’est qu’elle s’affirme dès que je tente de résister » (Durkheim, 2010, p. 4)(c’est nous qui soulignons).

[2] La description des deux prolongements antinomiques du modèle social est reprise de (Revillard, 2019)