Fiche technique n°8 – Transcrire un entretien

Fiche technique servant de support à la réalisation de l’entretien demandé dans le cadre du TD d’initiation à l’investigation empirique (2008), Licence 1 Sociologie et science politique, Université Paris Nord Villetaneuse.

Le premier intérêt d’avoir un enregistrement de l’entretien est que cela permet de dépasser les “ impressions ” qu’on a à l’issue de l’entretien, qui peuvent être fondées sur quelques moments marquants ne correspondant pas nécessairement à l’essentiel de ce qui a été dit (on est souvent marqué par des détails, des gaffes…). L’enregistrement permet de pallier cette dimension émotionnelle de l’entretien.

Deuxième intérêt : l’enregistrement permet de faire ressortir la parole exacte de l’enquêté, contre l’interprétation immédiate qu’implique la prise de notes.

Enfin, le fait d’avoir des citations fidèles de la parole des interviewés vous servira de “ preuve ” dans votre analyse sociologique de l’entretien.

Pour cela, l’entretien doit être transcrit, c’est-à-dire que vous allez taper, à l’ordinateur, mot à mot tout ce qui a été dit par votre interviewé et par vous-même lors de l’entretien. Dans le cadre de ce TD, je vous demande de transcrire l’intégralité de votre entretien. Avant de transcrire votre entretien, regardez quelques exemples d’articles écrits à partir d’un entretien (cf biblio au début de ce support) pour avoir une idée plus précise du type d’écriture qu’implique la transcription.

Le premier principe essentiel de la transcription d’un entretien sociologique est la fidélité au discours tenu : chaque mot prononcé doit être transcrit, aucun mot ne doit être remplacé par un autre, et aucun mot ne doit être ajouté. Il faut faire figurer les hésitations (notamment à l’aide des “… ”), les mots ébauchés, les soupirs, les silences, les tics de langage : “ euh… ”, “ bon… ”, dans la limite d’une contrainte de lisibilité[1]. En effet, il s’agit de faire un bon usage de toutes ces précisions afin qu’elles restent significatives. Par exemple, si l’enquêté parle tout le temps lentement, on peut le préciser une fois pour toutes, et mettre des “ … ” uniquement aux endroits où il hésite particulièrement, sinon rien ne permettra alors d’identifier ces moments où il hésite plus que d’autres.

NB : Numérotez les questions et les réponses dans votre transcription (Q1, R1, Q2, R2…).

Donnez au début du compte-rendu, puis au fur et à mesure, entre crochets ([]), des précisions concernant « la voix, la prononciation (notamment dans ses variations socialement significatives), l’intonation, le rythme (chaque entretien a son tempo particulier qui n’est pas celui de la lecture), le langage des gestes, de la mimique et de toute la posture corporelle, etc.[2] ». D’accord, on en perd une partie dans la transcription, mais on peut aussi limiter les pertes, en indiquant au fur et à mesure entre crochets les changements de rythme, les gestes, l’intonation (exemple : “ ironique, étonné ”), l’attitude corporelle, etc.

La transcription à proprement parler devra être précédée d’un chapeau indiquant le contexte (attention : à distinguer de l’analyse) : présentation sociale de l’interviewé, contexte de l’entretien, déroulement et dynamique de l’entretien, relation enquêteur – enquêté, éventuellement spécificité de cet entretien.

Pendant la transcription, des idées d’analyse vous viendront à l’esprit : notez les dans votre journal de terrain.

 

Attention : la transcription est un travail long : compter jusqu’à 8 heures de transcription pour une heure enregistrée pour des débutants sur le clavier, et 5 à 6 heures pour les confirmés… mais qui sera d’autant plus fécond qu’il sera mené minutieusement.

Ne tardez pas à faire la transcription de vos entretiens ! (si possible, la prévoir les jours qui suivent directement l’entretien).


[1] Sur le dilemme entre fidélité au discours et lisibilité dans la transcription, cf P.BOURDIEU, « Comprendre », in BOURDIEU, P..(dir.) (1993). La misère du monde, Paris: Seuil, p.1416.

[2] Ibid., p.1416-1417.

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