Fiche technique n°7 – La conduite de l’entretien

Fiche technique servant de support à la réalisation de l’entretien demandé dans le cadre du TD d’initiation à l’investigation empirique (2008), Licence 1 Sociologie et science politique, Université Paris Nord Villetaneuse.

  • La conduite de l’entretien

L’entretien que vous menez est « semi-directif » :

–          « directif », parce que c’est vous qui invitez votre interlocuteur à s’exprimer sur les thèmes qui vous intéressent (que vous avez définis au préalable et/ou qui surgissent au cours de la discussion)

–          « semi- » parce que vous n’enfermez pas le discours de l’interviewé dans des questions prédéfinies, ou dans un cadre trop rigide. Au contraire, vous lui laissez la possibilité de développer et d’orienter librement son propos : votre entretien n’est pas un questionnaire (enchaînement de questions-réponses…) mais c’est plutôt une sorte de dialogue dont vous conservez en partie la maîtrise. Les thèmes que vous voulez aborder devront être intégrés dans le fil discursif de votre interviewé.

 

Conséquence : cela exige de vous une attention soutenue et une écoute particulièrement active !

 

  • Première question

 

Ouvrez la discussion avec une question introductive très générale. Commencez par une question peu gênante ; réfléchissez bien à l’avance à la formulation de votre première question lors de la préparation de votre grille d’entretien.

 

  • Formulation des questions

– poser des questions claires, c’est-à-dire courtes et simples (en utilisant un vocabulaire ordinaire)

Il faut bien entendu laisser s’exprimer les représentations, mais vos efforts de relances et de questionnement porteront souvent sur les pratiques, puisque c’est ce qui “sort” le moins spontanément (même si cela ne correspond pas nécessairement à des réticences, mais plutôt à des habitudes dans la manière de s’exprimer) ; poser des questions concrètes.

Penser à reposer la même question sous des formes différentes, si vous n’obtenez pas de réponse suffisamment développée…

Penser à la dimension évolutive, la dimension du changement, pour chaque thème abordé.

– Eviter l’imposition de problématique

Attention au registre de vocabulaire : ne pas employer des termes sociologiques

– Ne pas poser plusieurs questions en une (ex. “quand et comment ?”),

C’est la meilleure manière de ne pas avoir de réponse. Poser UNE question à la fois.

 

  • Les techniques de relance

 

Les « relances » permettent à la fois d’accompagner la parole de la personne interrogée et de la pousser à approfondir sa pensée, tout en donnant au fur et à mesure des signes de compréhension (montrer que l’on comprend ce que la personne est en train de dire) :

–          essentiel et quasi constant dans l’entretien : les encouragements et incitations qui passent d’abord par des signes corporels : hochements de tête, sourire, signes d’approbation, prise de note (signe d’intérêt) ; « hmmm »; « oui, oui »,  « ah bon ! », « ah oui », « c’est sûr… » …

–          les demandes d’explication : la meilleure : reprendre une citation : « quand vous dites…» ; aussi : « qu’entendez-vous par …  ? », « que signifie…  ? », « par exemple ? », « vous dites : «… », mais qu’est-ce que cela veut dire, pour vous, «… »…

–          le jeu de la naïveté : pour pousser la personne à expliciter ce qu’elle veut dire : une bonne solution est de passer par des voies détournées : « ça va vous paraître naïf comme question, mais… », « je vois ce que vous voulez dire, mais j’aimerais être sûr de bien comprendre… »

–          les reformulations : « ainsi selon vous… », « vous pensez donc que… », « si je comprends bien, vous… » : l’idée est d’encourager l’interviewé à approfondir ses propos, à aller plus loin.

–          la technique du reflet : faire allusion aux attitudes de l’enquêté pour vérifier leur teneur : « cela semble vous déplaire », « vous n’avez pas l’air satisfait », « cela semble vous poser problème ».

  • Le recours à la contradiction

 

L’attitude générale de l’enquêteur doit être une attitude d’écoute et d’empathie, donc d’acquiescement tacite avec la parole de l’interviewé. En même temps, l’enquêteur ne doit pas exprimer son opinion sur les propos tenus par l’interviewé, sur les questions qu’il aborde. L’acquiescement est tacite, il ne doit pas devenir explicite. Il y a toujours un juste équilibre à trouver entre distance et empathie.

Donc, en général, la contradiction est à éviter. Si toutefois elle vous paraît nécessaire (notamment en cas d’usage excessif de la langue de bois), elle doit être maniée avec beaucoup de précaution, car il y a un risque de placer l’enquêté sur la défensive, ou pire, il peut mettre fin à l’entretien. Si, à un moment ou à un autre, on juge la contradiction utile, une bonne stratégie consiste à en faire un usage détourné : « je vais me faire l’avocat du diable, mais… », ou : « est-ce que certaines personnes vous disent pas que… », ou : « est-ce qu’on ne vous reproche pas des fois de… ». Autre idée : si vous doutez de la réalité du discours, demander des exemples concrets.

 

  • La gestion des silences

 

Vous aurez l’impression que les silences durent une éternité et vous serez tentés de parler pour éviter de rompre l’interaction. En réalité, les silences sont plus faciles à supporter pour votre interlocuteur que pour vous : il se laisse aller à ses pensées, il peut penser à quelque chose sans oser le dire, ou il cherche les mots adéquats pour le dire. Ainsi, même s’il est tentant de rompre le silence, il faut s’efforcer d’attendre un peu (un truc : compter 10 secondes dans votre tête…). La coupure des silences est le défaut fréquent des premiers entretiens. Il faut respecter le rythme de l’entretien.

  • La fin de l’entretien

 

Soit l’entretien se finit de lui-même (tous les points ont été abordés), soit vous êtes pris par le temps. Dans tous les cas, ajouter une phrase pour s’assurer que l’enquêté n’a plus rien à dire : « auriez-vous quelque remarque ajouter ? », «  y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez aborder ? », ou, encore plus payant : « est-ce que vous avez dit tout ce qui vous semblait important ? ».

 

  • L’entretien comme situation d’observation

Si vous êtes au domicile de la personne, vous pouvez faire un travail d’observation de l’environnement, de la pièce dans laquelle se déroule l’entretien, mais aussi plus largement, du quartier dans lequel réside votre interlocuteur.

Dans tous les cas, l’entretien doit être pris comme une situation d’observation. Faîtes-vous l’observateur de la situation d’entretien.

Observez votre attitude (attitude de l’enquêteur) : faîtes-vous attention à l’enquêté(e) ? L’écoutez-vous ? (par exemple, suivre votre enquêté(e) s’il/ si elle « sort de la grille » à condition que ses propos soient pertinents pour votre travail) La formulation de vos questions est-elle adaptée ? (clarté de l’expression, simplicité du style, pertinence de la question, bon enchaînement des questions)

Observez l’attitude de votre interlocuteur : comment se comporte-t-il ? est-il à l’aise ou plutôt mal à l’aise ?

Surtout, prêtez une attention particulière aux évolutions de l’interaction : à quel moment votre interlocuteur se sent-il plus à l’aise ? est-ce que cela correspond aussi à un thème de la discussion qui lui tient particulièrement à cœur ? ou plutôt aux évolutions de l’ambiance créée par la situation d’entretien (moments de malaise : quand ? maladresse de la question ? thème délicat ?). Tous ces éléments pourront être utilisés dans l’analyse méthodologique de l’entretien.

 

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