Fiche technique n°4 : Comment construire une grille d’observation ?

Fiche technique servant de support à la réalisation de l’observation demandée dans le cadre du TD d’initiation à l’investigation empirique (2008), Licence 1 Sociologie et science politique, Université Paris Nord Villetaneuse.

Idée générale : à partir des premières séances d’observation avec une grille très générale, faire un bilan des premières observations afin de restreindre le questionnement : quelles sont les questions qui émergent des premières observations ? Sur quel aspect de la situation pourrait-on faire porter l’observation de façon plus systématique ?  Il s’agit de se fixer sur une problématique parmi toutes les questions possibles, pour ensuite construire une grille d’observation centrée sur ce questionnement. Il pourra s’agir par exemple de l’observation d’une activité particulière parmi toutes celles se déroulant dans la situation. Dans ce cas, essayez d’identifier les séquences qui composent cette activité, et de faire des observations chiffrées dessus (nombre, temps).

En prévision de ces observations plus systématiques : quel point de vue, physiquement, va-t-on choisir d’adopter pour observer : rappel des trois possibilités selon Schatzman et Strauss (1973) :

  • Rester toujours à la même place afin de recueillir des données comparables ;
  • Adopter les positions différentes afin de voir la diversité des situations ;
  • Ne plus prendre les lieux comme point fixe, mais les personnes (suivre une personne dans ses déambulations).

Ne pas oublier de collecter toutes les informations qui vous permettront, à terme, de mobiliser différents moyens de restitution :

  • Faites un plan des lieux, éventuellement plusieurs plans plus ciblés et des cartes de déambulation,
  • Chiffrez tout ce que vous pouvez chiffrer (le temps, les flux, la durée des interventions,…), en construisant vos propres indicateurs à partir des premières observations;
 

L’importance du comptage dans l’observation, selon Jean Peneff :

«  Un aspect essentiel de la vie au travail est de compter, calculer, dénombrer. Dans le travail en usine, c’est avoir constamment à l’esprit : combien de pièces, combien d’opérations, combien de temps accordé ? Dans le travail de bureau, on classe, archives, recense, inventorie. Dans un service d’hôpital, la mesure et le calcul sont omniprésents. Par exemple, combien de lits disponibles, quelle durée d’attente pour une radio, de combien de temps dispose-t-on ? Combien de malades à traiter ? Combien d’heures de travail à effectuer ? Le temps est une obsession : le temps écoulé, le temps d’une décision (et bien sûr le temps pour atteindre la fin de la journée). Il est paradoxal que cette préoccupation, cette évaluation incessante du temps sous forme de chronométrage, de contrôle, de planning, ne soit pas davantage utilisée est discutée, alors que les travailleurs la ressentent comme le centre de leurs échanges ».

(Extrait de PENEFF, JEAN. (1995). “Mesure et contrôle des observations dans le travail de terrain.” Sociétés contemporaines, n.21).

  • Notez au fur et à mesure les informations que vous obtenez sur chaque personne (pour pouvoir faire dans votre compte-rendu des portraits, des fiches biographiques/fiche acteur),
  • Notez le lexique indigène, que vous pouvez également consigner au fur et à mesure dans une fiche séparée
  • Notez les bribes de conversation, en les datant et en notant systématiquement les circonstances dans lesquelles vous les avez entendues.
  • Décrivez quelques interactions qui vous ont paru particulièrement significatives (qu’elles impliquent ou non un échange verbal).

Ne pas oublier la possibilité du recours à la photographie, notamment pour les espaces publics (beaucoup plus délicat pour les espaces privés) ; éventuellement recours à un enregistreur.

La prise de notes sur le terrain 

Etant donné que l’observation suppose de retenir un grand nombre d’informations (organisation de l’espace, décompte de personnes, trajectoires dans l’espace, extraits de conversation, etc.), la prise de note sur place peut constituer une technique utile pour pallier les limites de la mémoire.

En effet, selon les circonstances, la prise de note est parfois possible sur le vif, notamment dans la situation où le rôle adopté par un observateur implique une prise de note. En observation à découvert, la prise de note est généralement tolérée par les enquêtés (cela fait partie du rôle attendu d’un observateur… Mais tout dépend des situations d’observation). Il faut cependant rester discret dans la prise de note (un petit carnet à spirale, pas des feuilles A4 dans une pochette rose fluo). Veiller à ne pas faire que ça : à force de regarder son papier, on n’observe plus. C’est à l’observateur d’évaluer si la prise de note est acceptable dans le contexte où il se situe.

Si l’observateur ne prend pas de notes au moment de l’observation, il peut se retirer de temps à autre pour noter ce qu’il vient d’observer (ex. aller aux toilettes…). Il arrive que les activités observées soient trop intenses, trop rapides, pour permettre la prise de notes.

NB : Dans de nombreux cas, la prise de notes est impossible sur le vif, mais cela ne doit surtout pas vous conduire à abandonner un terrain. Il est alors important de prendre des notes immédiatement à la fin d’une séance d’observation.

Dans tous les cas, une fois la séance d’observation terminée, il faut « se poser » le plus rapidement possible pour écrire tout ce que l’on a gardé en mémoire, tout du moins ce qui risque d’en sortir le plus rapidement.

Ensuite, le soir, chez soi, on peut reprendre toutes les observations de la journée pour les réécrire au propre dans le journal de terrain.

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